Cuiseurs solaires et pépinières contre la déforestation au Burkina

Pour lutter contrer la déforestation et l’avancée du désert au Burkina Faso, les bénévoles de l’association Solaire Attitude ont replanté pas moins 10 000 arbres en cinq ans, ouvert des pépinières et assemblé des cuiseurs solaires. Une auberge éco-touristique, d’où partiront leurs prochaines actions de sensibilisation devrait bientôt voir le jour.

DSCN2981

Le bois aussi cher que la nourriture

Au Burkina Faso, les ressources sont rares. Parmi elles, figure le bois. Un matériau surexploité, pour les besoins du bâtiment et surtout pour la cuisson des aliments.

Conséquence : chaque année la surface boisée diminue et les terres s’appauvrissent, perdant leurs derniers remparts face à l’avancée du désert. Réduisant ainsi les richesses naturelles. Parallèlement, l’achat du bois, cher pour un Burkinabé, grève les finances des habitants.« On a coutume de dire que le bois coûte plus cher que ce qu’il y a dans la marmite, raconte Samuel Dumont, l’un des membres fondateurs. Même avec l’augmentation du prix des céréales, on peut dire que pour un repas qui coûte entre 100 et 200 francs CFA, le bois revient à près de 100 francs. »

Une terre blanche comme du ciment

Pour tenter de casser ce cercle vicieux, des étudiants nantais comme Samuel et d’autres jeunes des quatre coins de la France décident en 2004 d’inverser la tendance en proposant des chantiers de reboisement à Mousséo dans la Province de Passoré. Des eucalyptus (pour moitié) et des espèces moins gourmandes en eau comme des acacias et des arbres fruitiers sont plantés par la poignée de Français venus sur place, 45 jeunes de la capitale et la population locale. Car membres de Solaire attitude et bénévoles burkinabé travaillent main dans la main et prennent les décisions ensemble.

DSCN0488

Au total 3 500 arbres sont plantés cette première année. Un bon chiffre mais l’association découvre alors l’ampleur de la tâche. « Certaines terres étaient tellement dénaturées qu’elles étaient devenues blanches comme du ciment, décrit Samuel. On a aussi découvert des écoles construites sur des lieux totalement dépourvues de zones d’ombre et des enfants laissés en plein soleil »

DSCN3010

L’année suivante, c’est l’idée d’une pépinière qui germe dans l’esprit des ligériens, en même temps que la volonté d’inscrire leur action dans la durée. De faire du développement durable et non pas répondre à une crise humanitaire ponctuelle. Des cuiseurs solaires sont également montés sur place, accompagnés d’actions de sensibilisations à l’usage de foyers à bois économiques qui permettent de diminuer de 50% la consommation de matière première.

DSCN0490

Résultat, après quelques années, les terres de Mousséo sont plus fertiles. Et, surprise, à son retour en 2007, l’association retrouve des arbres qui ont doublé de volume et des locaux qui se réapproprient leurs terres en reboisant eux-mêmes, en irriguant de nouveau des parcelles délaissées et en reprenant la culture. Les arbres repoussés fournissent aujourd’hui de l’ombre aux enfants des écoles. Le bois économisé libère des capitaux pour d’autres activités. Une action qui initie un cercle vertueux dans les trois composantes du développement durable : l’environnement, le social et l’économie. La quadrature du cercle ?

Sur le papier, la boucle est bouclée mais leur lutte contre la déforestation n’est « pas une action à grande échelle », rappellent les bénévoles. Comme en atteste le nombre de cuiseurs installés. Seulement trois en cinq ans. Une faible quantité qui s’explique plus par des raisons techniques et culturelles que par des soucis d’argent – l’appareil ne coûte qu’entre 50 et 70 euros à l’achat. « On estime qu’il faut 10 à 15 ans pour qu’une innovation technologique soit adoptée par tout le monde », commente Samuel Dumont. La difficulté de fabrication est aussi au cœur des préoccupations des bénévoles : « Les éléments doivent êtres assemblés au millimètre près ». Le cuiseur solaire est cependant le « meilleur compromis » compte tenu des habitudes alimentaires locales. Le Tô, le plat de base au Burkina nécessite d’être touillé pendant toute la cuisson, ce que ne permet pas un four solaire, moins cher et moins complexe.

L’association doit aussi faire avec les aléas humains et financiers. Sur la trentaine d’adhérents actifs, seuls un noyau dur de quelques personnes reprend le flambeau chaque année et l’association a dû s’autofinancer en 2009. Ce qui n’empêche pas les projets.

DSCN3050

Une éco-auberge pour sensibiliser et créer des emplois

De fin juillet à septembre 2009, cinq personnes dont quatre scouts sont venues pour la finalisation d’un autre chantier : une auberge éco-touristique à Ouagadougou, la capitale. Et Tinguin une autre ville, lieu du chantier de reboisement cette année, pourrait devenir un village touristique. Des circuits pédestres ou des parcours à vélo y seraient alors proposés. Honoré, partenaire de Solaire attitude sur place et futur gérant de l’auberge a déjà reçu une formation à la gestion d’entreprise... Plus qu’une nouvelle activité, la plate-forme doit devenir le pivot de toutes les actions menées par l’association et ses partenaires locaux, dont la sensibilisation à l’environnement et les autres actions culturelles (fabrication de papier recyclé ou jeu de l'oie ''écolo" avec les enfants d’un orphelinat, rencontres dans les écoles, participation à des forums, organisation de concerts de rap, reggae, ragga etc.) Dans l'auberge, construite dans le respect de l’environnement (toilettes sèches, fabrication en briques locales…), devraient aussi se tenir des démonstrations d’utilisation du cuiseur, des cours sur les économies d’énergie, l’origine et les différents types de bois etc. Le nouvel établissement doit aussi permettre de donner un emploi à Honoré et à d’autres locaux chargés, eux aussi, de sensibiliser la population aux bonnes pratiques. « L’idéal est de créer des emplois, s’enthousiasme Samuel, on peut difficilement aller plus loin dans le développement durable »

DSCN3420

Outre l'intérêt économique - « le bois utilisé pour le feu coûte plus cher que ce qu’il y a dans la marmite » - l’usage de cuiseurs solaires est capital d’un point de vue écologique. Pour faire face à la pénurie des ressources, des pays comme le Tchad ont déjà interdit l'utilisation du bois pour la cuisson des aliments.

Votre note : Aucun(e) Moyenne : 4.7 (3 votes)