De Caracas aux Barrios de Petare, à la découverte d’une autre réalité…

Le mot bidonville prend immédiatement forme lorsque l’on foule le continent sud-américain. Sa présence est tellement massive que divers noms lui sont donnés selon les pays. Chabola, villamiseria, favelas au Brésil, on les appelle barrios au Venezuela. Ce mot signifie originellement le « quartier » en castillan académique, et revêt un tout autre sens dans la république bolivarienne de Chavez.


La ville de Caracas et ses bidonvilles à flanc de colline

Le barrio, élément intrinsèque de Caracas

Les barrios sont une réalité forte du Venezuela et notamment de Caracas.

En arrivant à l’aéroport de Maiquetìa, situé à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, perchés sur la montagne, ils surplombent la route qui traverse la vallée et rejoint la première ville du pays. Pour un regard étranger, ils semblent égayer le paysage par leurs couleurs vives et leur architecture surprenante. Ils sont de plus en plus présents lorsque l’on se rapproche de Caracas, et depuis le centre historique et le Parque Central où sont concentrés les musées et où se trouve le complexe culturel Teresa Carreño, on a l’impression de les toucher du regard, tant ils sont proches.


Petare, l'un des plus grands bidonvilles de Caracas

Néanmoins, pour une majorité, ces zones, bien que réelles et existantes demeurent une réalité lointaine, puisque le bon sens exige d’en rester éloigné, étant donné le fort taux de criminalité et de délinquance qui y règnent. Les barrios sont néanmoins le berceau d’une majorité de caraqueños, et vivre au Venezuela sans les connaître revient à ne pas ou à mal connaître ce magnifique pays.

A la découverte du barrio

Freddy, personnage emblématique de Mesuca Accompagnée de Freddy, l’oncle d’une amie âgé d’une cinquantaine d’années et sorti des barrios depuis seulement 4 ans, je me suis rendue pour le temps d’un WE au barrios de Petare, un des plus grands de Caracas, à un endroit nommé Mesuca. Je tiens à préciser que l’aura de Freddy et la place qu’il a pu occuper au sein du barrio ont largement contribué à rendre cette visite inoubliable. D’abord connu pour ses prouesses sportives étant jeune (marathonien réputé et ayant participé à plusieurs compétitions nationales), ensuite policier respecté et enfin clown animateur des plus grands anniversaires du bidonville, Freddy est l’homme populaire aux qualités multiples que tout le monde connaît, admire et respecte à Petare.


Un des nombreux escaliers qui relient les différentes parties du bidonville

L’entrée se fait donc par le bas du barrio, par une route normale. On monte au fur et à mesure étant donné que les barrios sont construits sur des collines. En général, plus on s’élève, plus on atteint les parties pauvres. Nous laissons la voiture dans un parking payant du barrio, pour continuer notre route à pied. Les gens sont tous dans la rue alors que la nuit est déjà tombée, chose rare au Venezuela, pays réputé extraordinairement dangereux et où la majorité, dès la tombée de la nuit a tendance à ne plus sortir qu’en voiture. Tout le monde se connaît, et l’on se fait offrir plusieurs bières avant de regagner la première maison où nous allons rester. On semble loin de la peur et des dangers que le mot barrio évoque systématiquement. Pour aller d’un lieu à un autre, il y a la route principale, mais il y a également des milliers d’escaliers qui permettent d’assurer le lien entre les diverses parties du bidonville. Ils sont plus ou moins dangereux selon l’heure à laquelle on les emprunte ou en fonction de leur localisation. On arrive dans une rue étroite après avoir grimpé quelques marches et l’on pénètre chez la sœur de Freddy dans une petite maison. L’intérieur est décemment meublé, eau courante, électricité et seules sept personnes semblent y  vivre, toutes générations confondues. Après avoir un peu discuté, j’apprends que cette zone du barrio est relativement sûre, mais également que la veille un jeune homme s’est fait tuer par balle à quelques mètres de la maison, et que trois de leurs fils ont été soumis au même traitement quelques années auparavant. Les causes évoquées sont toujours les mêmes : représailles de bandes rivales de jeunes âgés de quinze à dix-huit ans.

Architecture et mode de vie

Nous continuons notre parcours en nous rendant ensuite chez le fils de mon guide : la surprise est au rendez-vous. Agé de 22 ans, il vit avec sa femme qui en a 18, sa petite fille de deux ans, sa mère, et…. une autre foule de gens. En fait, cette bâtisse assure le logement de plusieurs familles. A chaque fois qu’on monte un escalier, on retrouve une nouvelle cuisine et de fait une nouvelle micro maison ou jeune et vieille génération cohabitent. Tout un art de vivre, un concept d’intimité totalement différent du nôtre. La nuit, nous la passerons dans une troisième maison, chez la fille de mon guide. Je dormirai pour ma part avec la grand-mère, dans le même lit, son fils sur un matelas sur le sol de sa chambre, et tous les autres, environ une dizaine, dans le salon. 


Freddy, cette fois-ci mécanicien aidant un ami à réparer sa voiture

Le Venezuela est un pays où les gens vous accueillent toujours très chaleureusement. Dans les barrios, cet accueil acquiert une dimension autre. Les gens n’ont pas grand-chose mais vous préparent à manger sur le champ, vous laisse entrer chez eux comme si vous faisiez partie de la famille et semblent émus qu’on puisse être intéressé par la culture petareña du barrio… Une belle leçon d’humanité et de fraternité… 


Freddy et ses parents, vivant toujours à Mesuca

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