Des demandeurs d'asiles à la rue dans l'Ouest de la France

Depuis plus d'un an, des demandeurs d'asile dorment dans la rue ou dans des squats dans l'ouest de la France. Phénomène nouveau, parmi les sans-abri figurent de plus en plus de familles. Les associations s'inquiètent malgré l'annonce de nouvelles subventions.

Avril 2009. Le squat est en plein cœur de la ville, au détour d’une rue pavée, derrière une abbaye du XIIéme siècle. À Angers, le bâtiment de trois étages, immense (plusieurs centaines de mètres carrés) est inoccupé depuis une quinzaine d’années. D’interminables couloirs donnent sur des chambres et des cuisines occupées par des communautés bien différentes. Des Roms qui chassent les pigeons du coin pour casser la croûte y côtoient des jeunes punks et des demandeurs d’asile.

Déjà trois mois qu’ils vivent ensemble. Mais le cadre et l’harmonie entre les différentes communautés ne sauraient faire oublier à tous qu’il s’agit bien d’un squat. La propreté relative, la cuisine de fortune, les câbles et tuyaux qui traversent les couloirs en rappellent l’évidente précarité. L’éléctricité et l’eau ont été piratées sur des compteurs voisins. De janvier à avril, seulement quelques pièces ont été occupées. Sur la vingtaine de demandeurs d’asile, quatorze dorment dans la même chambre, et les quarante-cinq habitants du « 48 rue Lionnaise » partagent un seul cabinet de toilette. « Ce n’est pas l’idéal mais c’est bien de pouvoir se poser », explique Aradj, un jeune Soudanais arrivé il y a quelques mois et qui a connu plusieurs centres d’hébergement , entre Angers et Cholet. Et des séjours à la rue : « une trentaine de jours au total ». Issa son compatriote a, lui, passé une semaine entière à dormir dans la gare d’Angers en compagnie d’autres demandeurs d’asile, jusqu’à vingt de personnes.

« Certains squatters étaient déjà sans-abri à Angers au mois d’août », raconte Jean-Louis Vernau, 63 ans, membre du collectif de soutien aux demandeurs d’asile. Depuis un an le phénomène est récurrent dans la petite ville d’Angers. Des crises semblables se sont produites en avril, en juillet et à l’automne 2008. Cette année-là, les places en centres d’hébergement d’urgence accessibles ont progressivement diminué de moitié dans le Maine-et-Loire. Tandis que la demande augmentait au second semestre. De 30% dans la région soit plus que l’augmentation nationale (20%). « Dans de telles conditions cela ne peut que péter », expliquait en avril dernier François Fribault, directeur du principal accueil d’urgence de la ville. Au pire de la crise, son centre a même dirigé les demandeurs vers le squat. Des places supprimées ont d’abord été réouvertes pour faire face à la crise qui a commencée l’année dernière.

Début mai, une solution a finalement été trouvée pour les squatters. La préfecture du Maine-et-Loire s’est engagée à financer des hébergements pour les demandeurs concernés et à pérenniser ces places qui serviront à d’autres après eux. Une accalmie de courte durée. Quelques semaines plus tard, un nouveau squat a ouvert ses portes dans un autre quartier de la ville. Le 1er juillet une nouvelle délégation du collectif de soutien aux demandeurs d’asile était de nouveau devant les élus locaux pour trouver une solution… A Nantes, une quinzaine de personnes isolées en situation de demande d’asile n’étaient pas hébergées, non plus, en avril dernier. Phénomène nouveau, même des familles se sont retrouvées à la rue. « J’ai notamment rencontré une famille de Kosovars qui n’avait pas pu être logée » confiait le responsable d’une association nantaise. Et certains financements dédiés aux familles ont été gelés jusqu’à nouvel ordre. « Ce problème existe ailleurs mais n’est pas généralisé », explique Lise Fender, chargée de mission à la Fnars (fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale).

L’Ouest est principalement touché, mais d’autres régions comme l’Auvergne connaissent des situations similaires. En cause, une baisse des financements apportés par l’Etat français aux régions. Le budget alloué pour les plates-formes a chuté de moitié. Le Projet de loi de finance 2009 prévoit une diminution considérable du nombre de places destinées au demandeurs d’asile sur le dispositif d’urgence. En 2008, on comptait 5 659 places pour 4 222 en 2009. Le fait que certaines villes décident d’arrêter l’accueil de nouveaux arrivants explique peut-être aussi la concentration des squats dans les agglomérations qui poursuivent l’hébergement. « La situation devrait s'améliorer en cours d'année avec la délégation de crédits complémentaires. Les régions ont déjà reçu des crédits complémentaires mi avril, affirme-t-on au ministère de l’immigration , de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire. La politique française d'asile n'a pas pour objectif de diminuer le nombre de demandes. La France est le premier pays d'accueil des demandeurs d'asile en Europe, et a délivré plus de 11 000 statuts protecteurs en 2008. » Cette baisse est due officiellement à « la contrainte budgétaire », comprendre : les caisses sont vides. Mais elle fait également partie, selon certains, d’une stratégie nationale qui se fait jour à travers la régionalisation de la prise en charge de l’accueil des demandeurs d’asile. Depuis le 1er mai, les étrangers voulant obtenir le statut de réfugié doivent s’inscrire dans la préfecture de régions (et non plus dans les préfectures de département), pour remplir leurs demandes et donner leurs empreintes. Une centralisation qui a déjà eu des effets sur l’hébergement local, créant une saturation des centres dans les villes accueillant les préfectures de région. Mais aussi sur les maigres finances des demandeurs eux-mêmes qui doivent prendre en charge les déplacements obligatoires vers ces villes. « L’Etat se désengage des petits centres d’hébergement d’urgence pour que les demandeurs soient concentrés dans d’autres structures, les CADA (Centres d’accueil des demandeurs d’asile) que l’Etat dirige directement, estime Jean Haffner, responsable du département Etrangers en France du Secours Catholique. Il est alors plus facile pour lui de contrôler les flux »

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