
Des divergences culturelles et religieuses
L’ingérence des pays occidentaux vis-à-vis de la conception juridique des droits de l’homme dans les autres pays se heurte à des visions différentes. Serge Latouche parle même d’un « rouleau compresseur occidental ». Alors que partout, on assiste à un retour au communautarisme qui serait une réponse à la mondialisation, les communautés culturelles ou religieuses opposent leurs valeurs aux nôtres. Certaines de leurs valeurs heurtent notre conception occidentale et vice-versa. Il semble donc nécessaire, pour aborder le troisième millénaire, de trouver des valeurs communes qui nous permettent de dépasser nos différences.
Un retour annoncé au communautarisme
La mondialisation semble avoir déplacé une partie des problèmes qui doivent maintenant être résolus au niveau mondial tant il est vrai qu’il existe une interconnexion des questions, du niveau local jusqu’au niveau mondial. L’amélioration des communications, les transferts de technologie, le déplacement massif des personnes à travers le monde ou l’homogénéisation des cultures sont autant de formes de la modernité « qu’aucun état n’est en mesure de refuser" [1]. Cependant, la mondialisation n’a pas entraîné l’uniformisation des comportements, des cultures ou des identités malgré ce que dit l’auteur M. MacLuhan au sujet d’un « global village ». Il existe bien des produits de renommée mondiale comme Microsoft, Coca-cola ou Chanel, et pour autant, le monde n’est pas vécu socialement, religieusement, culturellement de la même façon par tous les habitants de la planète.
Ainsi, la mondialisation ne serait pas à même d’imposer des valeurs globales. Face à une tendance occidentalisante, l’individu, noyé dans la masse d’informations et possédé par le sentiment de n’être qu’une fourmi ou un pion face aux forces politiques et commerciales en présence, se tourne vers une communauté d’intérêts réduite comme la famille, la communauté religieuse ou la communauté culturelle. En effet, l’Etat nous semble perdre de sa crédibilité : le Breton ou le Basque ne comprend pas que son sort ou celui de sa langue natale se règle sous les auspices de Bruxelles, l’habitant du Zimbabwe n’attend plus rien du régime corrompu de Robert Mugabe, etc. Il accorde alors sa confiance à ceux qui lui sont proches : sa famille, sa paroisse, son ethnie. On se rapproche alors d’une « société fragmentée » selon l’auteur Michel Wierviorka.
Ces groupes sociaux ou « communautés » acceptent de protéger l’individu en échange d’une obéissance quasi-totale à leurs règles, que ce soit l’autorité du père dans une famille ou encore la loi de la religion à laquelle il appartient. Ce sont ces règles qui vont, le plus souvent, entrer en conflit avec la conception occidentale des droits de l’homme. Le meilleur exemple reste la différence entre les valeurs prônées par la Charia (la loi fondamentale islamique) et celles contenues dans les droits de l’homme mais nous examinerons ce sujet plus loin. Pour l’instant, remarquons simplement que les phénomènes d’émigration actuels ont fait naître des communautés culturelles à l’intérieur des états occidentaux : le China town devient monnaie courante dans les grandes capitales et la population Pakistanaise de Londres est représentative de ce multiculturalisme. Ce dernier peut être radical quand il est composé de groupes fermés qui revendiquent un pouvoir sur les individus qui les composent et entrent en compétition avec le pouvoir étatique. Cependant, « il peut aussi être tempéré et composer entre identité culturelle affirmée et citoyenneté commune » (Cours « La place de l’Etat Nation dans la Mondialisation » Pr. C. Phalippou, 2006). Michel Wierviorka, observant une société française dors et déjà multiethnique, affirme que « nous devons apprendre à vivre ensemble, égaux et différents ».
[1] Cours Icusta (13 universités se rejoignant en ligne pendant un an pour discuter des thèmes majeurs de la mondialisation et guidées par 13 cours rédigés par un professeur de chaque université)