
Aujourd'hui, la plus grande partie des terres arables est utilisée pour cultiver des céréales.
Étrange, quand on sait qu’il y a un milliard de personnes qui souffrent de malnutrition. C’est tout simplement parce que ces céréales ne sont pas destinées aux êtres humains. Enfin, pas directement, puisqu’il s’agit la plupart du temps de nourrir le bétail.
Où en est le monde en termes de consommation de viande?
Le monde a connu une révolution complète de l'industrie de la viande et des animaux en peu de temps. Autrefois l'élevage supposait une relation avec l'animal, une relation entre deux êtres vivants. Cette relation n'existe plus. Aujourd'hui les animaux sont parqués par milliers dans des usines, nourris avec des céréales OGM.
La consommation de viande par habitant a été multipliée -au moins- par trois en moins d’un siècle.
Consommation de viande en kg de carcasse (viande avec os) par Français et par an de 1800 à 2000. Source : Bernard Sauvant, INRA
Comment en est-on arrivé là?
L'explosion de la consommation de viande date de l'après-guerre, au moment de la diffusion des engrais et pesticides de synthèse, on a voulu consommer de la viande en plus grande quantité, car la population avait souffert de la faim pendant la guerre. Les états ont donc investi massivement dans la génétique, les traitements médicamenteux et ont fini par créer des usines d'élevage immenses dans lesquelles le bétail avale antibiotiques, hormones de croissance et OGM.
Quelles conséquences sur notre santé?
Des animaux nouveaux ont été crées, auxquels on administre des médicaments en vue de prévenir d’éventuelles maladies. Leur chair, c’est-à-dire la viande vendue, en contient les traces. Aujourd'hui, les Français qui se achètent leur viande au supermarché achètent sans le savoir des OGM. Paradoxalement, la majorité d'entre eux s'oppose à la culture de ces mêmes OGM en France.
La grande quantité de déchets produits dans les fermes est supérieure à la capacité d’absorption des terres agricoles. Le fumier n’est plus une précieuse ressource agricole mais un déchet toxique car il contient des nitrates, des métaux lourds, et des substances antibiotiques administrées au bétail. Ces éléments peuvent s’infiltrer dans les eaux souterraines et polluer les eaux de surface, menaçant ainsi au passage la santé publique.
De plus, il est aujourd’hui reconnu qu'une consommation élevée de viande n'est pas bonne pour la santé. Trop de viande rouge entraîne notamment une augmentation du cholestérol, un risque de maladies cardio-vasculaires élevé et favorise même l’obésité et le cancer.
Quelles conséquences sur notre environnement?
Il faut 15000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande de bœuf, alors que 1000 à 2000 litres suffisent pour produire 1 kg de blé, riz ou soja.
La production de viande rejette une quantité très importante de gaz à effet de serre (15 à 20% des émissions mondiales de méthane sont liées à l’élevage du bétail). Par ailleurs, le méthane un effet de serre 21 fois supérieur à celle du CO2. En d’autres mots, la production de 1kg de viande de veau rejette autant de gaz à effet de serre qu’un trajet automobile de 220 km.
En 2006, un rapport de l'ONU affirmait que le bétail génère plus de gaz à effet de serre que l'addition des différents moyens de transport de la planète. Le document estimait que les élevages étaient la cause de 18 % des gaz à effet de serre de la planète, soit plus que les gaz émis par les transports.
Nourrir des animaux de manière industrielle suppose une consommation d'énergie énorme. Du gaspillage Il faut 7 à 9 calories végétales pour produire une seule calorie animale, ce qui suppose la production et le transport d'énormes quantités de plantes et de céréales.
A valeur nutritive égale, la même quantité de céréales qui une fois transformée en viande, nourrit une seule personne, en nourrirait sept si elle était consommée directement.
Pour produire 1 kg de viande, il serait possible dans un même laps de temps et pour une même surface de sol de cultiver 200 kg de tomates ou 160 kg de pommes de terre ou 120 kg de carottes ou 80 kg de pommes.
7 à 16 kg de graines de soja sont nécessaires pour produire 1 kg de viande.
Un aliment peu solidaire
Aujourd’hui, plus d'un milliard de personnes, soit 1 sur 6, souffrent de malnutrition et malgré une production céréalière en augmentation de près d’un milliard de tonnes depuis les années 60, un pourcentage important de cette quantité n’est pas utilisé au bénéfice des humains. Plus d’un tiers du rendement mondial en céréales est destiné aux animaux chaque année, de même qu’un quart de la production mondiale de poissons.
Le bétail accapare à lui tout seul 60% de la production mondiale de céréales, soit 670 millions de tonnes. Un volume qui suffirait amplement à nourrir les centaines de millions d’êtres humains souffrant de malnutrition.
Si toutes les céréales utilisées pour le bétail américain étaient consommées directement, elles pourraient nourrir 800 millions de personnes.
Dans un parc d’engraissement de 37 000 bovins américains, 25 tonnes de maïs sont distribuées toutes les heures.
En 1985, pendant la famine en Éthiopie, alors que la population mourait de faim, ce même pays exportait des céréales pour le bétail anglais.
A cause de sa grande consommation de farine de poisson, 60% de la production occidentale de bœuf industriel a engloutit les ressources de la pêche chilienne et péruvienne, tandis que chaque année, entre 1980 et 1985, 48 000 enfants chiliens et 90 000 enfants péruviens sont morts directement ou indirectement de faim.
Le célèbre agronome, écologiste et tiers-mondiste René Dumont déclarait déjà à son époque:
« L’occidental, avec sa surconsommation de viande et son manque de générosité envers les populations les plus pauvres, se comporte véritablement comme un cannibale, un cannibale indirect ; en consommant de la viande, ce qui gaspille les céréales qui auraient pu sauver [tous ces gens victimes de la faim]. »
Dans les pays forestiers -Zone Amazonie, Indonésie, Malaisie, etc.- des milliers de paysans sont expropriés de manière expéditive afin d’utiliser leurs terres pour des cultures destinées à la production et l’exportation de viande.
Le Costa Rica était recouvert à 72% de forêts en 1950, soit 37 000 km2. Aujourd’hui, cette surface n’est plus que de 26 % et 60 000 hectares sont déboisés chaque année.
Selon la FAO - Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture-, 70 % des forêts amazoniennes ont déjà été converties en pâturages.
En Europe, 70% de la surface agricole utilisée sert à nourrir le bétail.
Et la solidarité envers les animaux?
Plus de cent milliards d'animaux tués chaque année pour leur viande à travers le monde, sans parler des victimes indirectes -sont comptabilisés ici uniquement les animaux vendus sous forme de viande, sont exclus les animaux capturés dans les filets dérivants, morts dans les transports, de maltraitance, de stress, les milliards de poussins mâles éliminés dès la naissance, etc-.
Ce chiffre colossal, cache derrière chaque morceau de viande, une vie de privations, de souffrances et de peur. Les animaux destinés à nourrir l’espèce humaine sont prisonniers toute leur vie, jusqu’à leur mort atroce afin de finir dans une assiette.
Quelles conséquences à long terme (en plus de celles énumérées ci-dessus)?
Avec la forte croissance de la consommation de viande dans le monde -des pays comme la Chine et l'Inde, qui n’ont traditionnellement pas un régime alimentaire riche en viande, sont de plus en plus demandeurs-, il va falloir trouver de nouvelles terres à convertir pour nourrir le bétail. Cependant, on compte un milliard d'affamés chroniques sur Terre. Si on ne met pas un frein à cet appétit démesuré pour la viande, alors on peut penser qu'à terme, celui-ci finira par affamer la planète, car il n’y aura plus de ressources suffisantes.
Est-il encore possible de freiner cette consommation de viande?
S'il y a eu une volonté publique et politique de faire consommer de la viande en grande quantité, il peut aussi y avoir la volonté inverse de freiner cette consommation qui s'avère de plus en plus mauvaise. Mauvaise pour la santé, mauvaise pour la planète et immorale envers les animaux, et envers nos « congénères » qui souffrent de la faim.
Ça c’est pour la partie politique, pour la partie collective. Or, chacun de nous peut faire quelque chose pour inverser cette tendance. Réduire sa consommation de viande, et même devenir végétarien.
Albert Einstein lui-même a déclaré :
« Rien ne saurait profiter à la santé humaine et favoriser la persistance de la vie sur terre autant que l'évolution vers le végétarisme. »
Vous penserez peut-être : « Mais à mon niveau, je ne vais pas changer grand chose ! » ou bien « Un de plus ou de moins, parmi des milliards d’individus, je ne ferai pas la différence ».
Pourtant…
Nous avons tous un rôle à jouer et une empreinte écologique. Malheureusement, un jour nous n’aurons plus le choix, c’est maintenant qu’il faut agir. Quand il est encore temps.
> Calculez votre empreinte écologique : ici
Pour plus d’informations :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Impact_environnemental_de_la_production_de_viande
http://www.liberation.fr/terre/0101620216-la-fao-pas-tendre-avec-la-viande
http://blog.newlimits.org/uploads/2009/01/ges_dans_mon_assiette-2.pdf
http://www.fao.org/index_fr.htm
Sources :
Sciences & Vie - avril 1997;
David Pimental, professeur d’écologie au Cornell Institute;
Rapports de la FAO;
Steve Boyan, University of Maryland: Compassion in world farming.