
Les organisateurs du festival Les Méditerranéennes, qui accueille pendant trois jours quelque 20 000 visiteurs et qui s’est tenu cette année à Leucate (Aude), en plein parc naturel régional sur la façade maritime des Corbières, ont eu un souci constant de l’environnement au cours de cette manifestation, dont « la principale raison [tenait] au fait que nous nous trouvions sur des sites exceptionnels nécessitant un soin particulier », explique Geneviève Girard, sa directrice.
Sensibilisation du public, distribution de cendriers portables pour éviter les mégots dans le sable, gobelets à consigne, toilettes non chimiques, bacs de tri des déchets, approvisionnements en produits bio et locaux, papier recyclé et vente de T-shirts en coton bio… Ces contraintes, que respectent désormais de nombreux organisateurs de festival, représentent un surcoût de l’ordre de 20 %, et seule une minorité de manifestations, à l’instar des Transmusicales de Rennes, du Printemps de Bourges, de Rock en Seine ou des Méditerranéennes, parvient à respecter les critères recommandés par le réseau Yourope, association des festivals européens labellisés développement durable. Certains objectifs, comme la consommation d’énergie pour les scènes ou le transport des festivaliers jusqu’au site (et retour), semblent en effet particulièrement difficiles à atteindre. « Rock en Seine mise sur le covoiturage », titre de son côté Le Parisien, indiquant que le site Internet du festival Rock en Seine, qui se tient le week-end des 27 au 29 août dans le parc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) propose un lien permettant d’accéder directement à un site de covoiturage. Par ailleurs, des bénévoles de l’association Voiture & Co accueilleront les spectateurs sur le lieu même du festival : contrôles d’alccolémie, mise en relation des personnes non motorisées avec les motorisées…
Aux côtés de sa mère la créatrice Agnès B, Etienne Bourgois s’est engagé dans un projet d’envergure internationale, soutenu par l’ONU : l’acquisition du brise-glace Tara, conçu par Jean-Louis Etienne pour des missions scientifiques : après une première expédition qui l’avait conduite dans une dérive arctique, une seconde, labellisée projet de l’Année internationale pour la biodiversité, doit envoyer Tara dans une recherche sur le plancton dans les mers du monde entier (Antarctique, côtes chiliennes, Galapagos, Pacifique nord…), afin de mieux connaître ces organismes indicateurs du réchauffement climatique. Un projet, soutenu également par Veolia et EDF, extrêmement coûteux - 3 millions d’euros par an - auquel Agnès B contribue à hauteur de 1,5 million, et qui est donc encore en recherche de financement : « si, à l’automne, nous n’avons pas trouvé de financements complémentaires, la mission sera réduite en janvier », s’inquiète Etienne Bourgois. « Avis aux mécènes, n’hésitez pas à rejoindre Tara ! », appelle en conclusion Isabelle Lefort, de La Tribune, qui donne l’adresse : http://oceans.taraexpeditions.org
Arrivée le 23 février au port de Lorient, Tara (partie le 4 septembre 2006) est en avance de huit mois : un siècle plus tôt, le Fram du Norvégien Fridtjof Nansen, parti le 22 septembre 1893, n’était arrivé qu’après une dérive de plus de 35 mois. La vitesse inattendue à laquelle Tara a dérivé est le premier message scientifique que la goélette rapporte de ses deux hivers passés dans l’Arctique : la preuve que dans cette région, les glaces reculent. « Deux chiffres résument cette mutation, très profonde et rapide, de l’Océan arctique. À la fin de l’été 2007, la glace avait perdu 1,5 million de km2 par rapport à son minimum de l’année précédente. C’est trois fois la superficie de la France ! Et la banquise, avec 1,5 à 2 m d’épaisseur moyenne, est presque deux fois moins épaisse qu’il y a vingt ans », explique Jean- Claude Gascard, coordinateur du programme scientifique européen Damoclès, qui estime cependant que les glaces ne disparaîtront pas en quelques étés de fonte accélérée, car « le noyau dur des glaces pérennes se réduit, mais il reste une partie qui résistera sans doute plus longtemps, au Nord du Groenland et du Canada ». Mais si les chercheurs de Damoclès sont partagés sur le rythme à venir de la fonte estivale des glaces arctiques, ils s’accordent tous sur le fait que cette évolution est désormais irréversible, et la disparition de la banquise d’été, que l’on prévoyait pour 2100 il y a dix ans, est aujourd’hui attendue par certains dès 2013… La cause d’une telle accélération serait la perte d’albédo, cette réflexion du rayonnement solaire par la glace : l’océan, de couleur sombre, absorbe au contraire le rayonnement et le remplacement de la glace par l’eau augmente le réchauffement. « L’effet de serre est lié à l’accumulation de gaz, qui est linéaire ; l’augmentation des températures devrait suivre la même tendance, il semble que l’albédo ait pris le pas sur l’effet de serre. (…) Les choses bougent beaucoup plus vite que ce que tous les modèles avaient prévu. Nous vivons ce qui devait se produire dans trente ou quarante ans. Tout le monde est au travail pour comprendre pourquoi les modèles ne suivent pas. (…) Si le retrait de la banquise se poursuit au même rythme, l’océan va se réchauffer, les glaces continentales vont fondre, notamment la calotte du Groenland. La hausse du niveau des océans pourrait être de l’ordre du mètre d’ici à la fin du siècle », met en garde Jean-Claude Gascard.
Depuis la mi-août, Wright County Egg, l’un des plus gros producteurs aux États-Unis, a dû faire retirer du marché 380 millions d’oeufs frais produits entre mai et août, en raison de leur contamination par des salmonelles. La FDA vient d’identifier une deuxième source de contamination d’oeufs frais - Hillandale Farms (Iowa), qui distribue sa production à travers cinq marques dans quatorze États - et a ordonné le rappel de 170 millions d’oeufs supplémentaires, portant à près du demi-milliard le nombre d’oeufs potentiellement contaminés : « sûrement l’un des plus importants rappels dans l’histoire de cette industrie », souligne Krista Eberle, responsable à l’organisation des producteurs, Egg Safety Center. De mai à juillet, les autorités sanitaires américaines ont observé une recrudescence des cas de salmonelloses (1 953 malades pour, ordinairement, 700 cas au plus sur une période semblable), et les responsables de la FDA ont laissé entendre cette semaine que le nombre de cas d’intoxications allait sans doute encore progresser. Les salmonelles sont des bactéries transmises par la consommation d’aliments contaminés par des matières fécales d’animaux et qui provoquent chez l’homme des infections intestinales (salmonellose). L’infestation des poulaillers par des rongeurs, qui contaminent la nourriture donnée aux poules, est une source possible d’infection des volailles : celles-ci paraissent saines, mais portent l’infection au niveau des ovaires et contamineraient l’oeuf avant même la formation de la coquille. Sur les 50 milliards d’oeufs produits chaque année aux États-Unis, quelque 2,3 millions sont contaminés par des salmonelles, estime le département étatsunien de l’Agriculture. ♣
Des travaux menés par une équipe d’océanographes de la Sea Education Association (SEA, organisation privée de recherche), de la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI, le plus grand institut mondial privé d’études océanographiques à but non lucratif), et de l’université de Hawaï, publiés dans la revue américaine Science du 20 août, montrent que de grandes quantités de débris en matière plastique flottent dans l’Ouest de l’Atlantique nord. Cette recherche sur les agrégats de débris de plastique (bouteilles et autres emballages) dans l’Atlantique a été faite sur la base de données collectée pendant vingt-deux ans par quelque 7 000 étudiants : plus de 64 000 morceaux de plastique collectés en 6 100 lieux différents, ont été récupérés par les auteurs de cette recherche et répertoriés chaque année. La plus forte concentration de plastique (comparable à celle observée dans la zone du Pacifique baptisée The Great Pacific Garbage Patch) a été observée dans une zone de l’Atlantique située à la hauteur d’Atlanta (Géorgie), entre 22 et 38 degrés de latitude nord : « cela équivaut à 580 000 morceaux au km2 », précise l’étude. Curieusement, la concentration de débris en plastique n’a pas augmenté durant les vingt-deux années de l’étude, bien que les quantités de ces déchets soient nettement plus grandes, et le sort « des débris de plastique manquants » reste un mystère pour les chercheurs. Quoi qu’il en soit, « cette recherche fournit une solide description scientifique de l’étendue actuelle de la pollution de l’océan par ces débris, pouvant être utilisée pour mieux gérer ce problème et y faire face », souligne Dean Paul Joyce, de la SEA.
Lancé en 2006 par le PNUE, le programme de plantation «Un milliard d’arbres » dépasse de loin les objectifs initiaux : « l’adhésion à notre cause a dépassé nos rêves les plus fous », constate Wangari Maathai, prix Nobel de la paix. Premiers menacés par les conséquences des changements climatiques, les pays en développement se sont en effet largement mobilisés : 1,4 milliard d’arbres plantés en Éthiopie, 537 millions au Mexique, 100 millions au Kenya, où le mouvement Ceinture verte conduit par Wangari Maathai a ajouté 4,7 millions de nouvelles plantations aux 30 millions déjà mises en place depuis 1977 dans le pays et dans douze autres États africains. Le HCR lui-même a fait planter neuf millions d’arbres dans et autour de camps de réfugiés du monde entier, rapporte Paul Molga, des Échos. La Chine elle-même a rejoint l’initiative l’année dernière, avec l’ambition de planter six milliards d’arbres, tandis que l’Inde poursuit son programme national (deux milliards), assorti d’un système de compensation des prélèvements réalisés par les plus pauvres pour la cuisson de leurs aliments, le chauffage, la construction… Les organisateurs, qui ont fait grossir leurs objectifs à 14 milliards d’arbres, souhaitent désormais convaincre les entreprises de s’engager à leur tour : 15 % ont franchi le pas, à l’instar d’Yves Rocher, qui s’est engagé à planter au moins 15 millions d’arbres entre 2007, date de son engagement dans le projet de Wangari Maathai, et 2015…
Classée au patrimoine mondial de l’humanité, la Grande Barrière de corail au large de l’Australie, le plus grand récif corallien du monde (350 000 km2), dépérit. Or, « les écosystèmes coralliens sont aux océans ce que les forêts sont aux zones tropicales. Et sous l’eau, c’est le réchauffement climatique qui tient lieu de bûcheron. Si ces forêts sous-marines s’éteignent, c’est le réservoir de biodiversité le plus riche de la planète qui disparaîtra avec elles », explique Pascale Chabanet, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement à La Réunion, citée par Paul Molga, des Échos. Pour sauver ces récifs, des chercheurs de l’université des sciences et technologies marines de Tokyo ont en 2002 immergé, à 5 mètres de fond, dans le récif de Sekisei (près d’Okinawa, 270 km2 de récifs mais 360 espèces de coraux,), des piles de disques en céramique destinées à faciliter l’implantation d’oeufs de corail fertilisés : après six semaines, l’habitat peut être récupéré et transféré là où le récif est le plus endommagé. La société américaine Global Coral Reef Alliance propose de son côté de stimuler la croissance des récifs en faisant passer une léger courant électrique fourni par des panneaux solaires dans une structure immergée accueillant des jeunes pousses, lesquelles se développent alors plus rapidement, assez en tout cas « pour bâtir plus vite que les effets dévastateurs du réchauffement climatique », assurent les ingénieurs de l’Alliance. « À supposer que ces performances se vérifient, il leur faudra faire vite pour agir à plus grande échelle », commente Paul Molga rapportant que des scientifiques américains et australiens ont pu observer que ces récifs ont davantage souffert au cours des trente dernières années que pendant les 220 000 années précédentes. Près de 500 millions de personnes vivent à moins de 100 km d’un récif corallien : ces récifs contribuent de façon irremplaçable au maintien de la diversité biologique du milieu, et donc au bon équilibre de la chaîne alimentaire. L’économiste Pavan Sukhdev estime à 170 milliards de dollars par an les services fournis à l’humanité, directement ou indirectement mais toujours de façon gratuite, par les écosystèmes abrités par les récifs coralliens.
Des chercheurs japonais de l’université des sciences et technologies maritimes de Tokyo se sont donné dix ans pour reconstituer artificiellement un récif corallien. L’expérience, qui consiste à planter en décembre 6 000 coraux âgés de 18 mois, fixés sur un support en céramique dont les pieds doivent être enfoncés dans les fonds marins, est menée sur les coraux du lagon de Sekisei, dans l’archipel d’Okinawa, où la population de coraux s’est réduite de 80 % aux cours des vingt dernières années. En cas de succès, cette expérience pourrait ouvrir la voie pour la reconstitution d’autres barrières de corail…
Dans le cadre de la loi sur les résidus solides adoptée par le district fédéral de Mexico, les commerçants de la capitale mexicaine offrant des sacs plastique à leurs clients seront passibles d’une amende de l’équivalent de 3 500 à 70 000 euros et de trente-six heures de prison dès que le règlement d’application de la loi sera publié. Les sacs en polyéthylène ne sont pas complètement bannis mais devront être payés par les clients. Parallèlement, souligne Emmanuelle Steels, de Libération, « les chantiers pour étendre l’entrelacs asphalté de la capitale prolifèrent, à l’image du second étage du périphérique. Les vannes du pétrole sont grandes ouvertes dans un pays où l’essence relève d’un monopole d’État et où les autorités subventionnent le prix du carburant pour le maintenir en dessous de 0,50 euro le litre de sans-plomb, (…) on goudronne avec servilité et sans modération au passage de la voiture reine ».
« Notre prise de position a eu une résonance très importante. D’autant que les lobbies sont nombreux et importants dans le monde de la pêche. Si la décision emblématique de cette charte était de supprimer le thon rouge des cartes, elle a surtout eu le mérite de faire prendre conscience à la communauté des chefs que la mer n’est pas un garde-manger inépuisable », se félicite Olivier Roellinger, chef des maisons de Bricourt, à Cancale, et vice-président de l’association Relais & Châteaux dont les cuisiniers ont signé en décembre dernier une charte les engageant à adopter une démarche durable dans leur politique d’achats et à protéger les poissons sauvages. « La mer nourrit plus que la terre et elle est en danger. Entre 2040 et 2050, l’ensemble des espèces de poissons que nous consommons aujourd’hui n’existera plus. C’est à nous de donner l’exemple et de diversifier les espèces que nous proposons », rappelle Olivier Roellinger. Relais & Châteaux travaille avec l’ONG américaine Sea Food Alliance, qui fournit aux chefs de Californie, de Boston, Singapour, Alicante ou Paris des informations fiables sur l’état des ressources offertes par leur zone géographiques. Olivier Roellinger déplore par ailleurs la longueur du délai entre la pêche du poisson et sa consommation : « en France, ce délai est d’environ douze jours ! Il ne s’agit pas de pointer du doigt mareyeurs et poissonniers, mais de trouver des filières plus courtes indispensables pour apprécier certains poissons [merlan, maquereau…] qui ne supportent pas d’attendre trop longtemps. (…) Il faut absolument raccourcir ce délai pour qu’on puisse valoriser des espèces dites moins nobles, mais délicieuses fraîches et surtout moins chères ».
Chef des maisons de Bricourt à Cancale et vice-président de l’association Relais & Châteaux, Olivier Roellinger parcourt le monde à la recherche d’ingrédients rares et, associé à plusieurs ONG, accompagne les producteurs pour créer des filières équitables et bio : « nous essayons d’être un trait d’union entre ces oubliés de la planète, qu’ils soient au Cambodge, au Vietnam, à Madagascar ou en Inde, et un public beaucoup plus large. Pour être dans une démarche responsable, nous leur achetons leur production à quatre fois le prix du marché ».
Soutenue par OSEO et la région Haute-Normandie, la start-up rouennaise BAQC a mis au point une station de recharge de batteries de véhicules électriques par des bornes « intelligentes » : reliées à Internet, elles permettent la transmission d’informations des véhicules par courant porteur, rendant possible la facturation. « L’utilisateur du véhicule s’identifiera via un badge et l’exploitant pourra facturer soit au forfait, soit à l’utilisation. (…) La gratuité d’utilisation des bornes comme cela se pratique aujourd’hui à Paris n’est pas envisageable sur la durée, car le courant n’est pas plus gratuit que l’essence », explique Christophe Gaillard, fondateur de BAQC, qui vise dans un premier temps le marché des bornes de recharge rapide pour les flottes de véhicules électriques des collectivités et vient de signer un premier contrat commercial avec la communauté d’agglomération de Rouen, qui s’intéresse également à une autre technologie pour laquelle l’entreprise a déposé deux brevets : la station de changement automatique de batteries (ou Battery Automatic Quick Change, qui a donné son nom à BAQC), permettant une permutation de batteries sans intervention humaine, en moins de deux minutes. Le scooter est la première cible de BAQC, d’ailleurs prêt à fournir aux fabricants de scooters des kits pour passer du moteur thermique au moteur électrique.
Peugeot invite la presse à essayer à partir du 6 septembre sa Ion, premier véhicule électrique européen de série (130 km d’autonomie). Produite au Japon par Mitsubishi qui l’a développée et la commercialise déjà depuis un an, cette voiture « zéro émission » (comme sa soeur jumelle Citroën C Zéro), est livrable à partir de décembre prochain. Le constructeur aurait déjà enregistré 16 000 préréservations, émanant d’énergéticiens, de transporteurs publics et de sociétés de leasing, et le premier utilitaire Citroën Berlingot électrique va être livré dès septembre à La Poste, qui en a commandé 250. PSA développe également avec Michelin le Peugeot BB1, engin mi-scooter-mi-voiture, électrique et urbain, dont la date de commercialisation n’est pas précisée. À venir, mi-2011, le Kangoo électrique de Renault, un utilitaire assemblé à Maubeuge, ainsi que sa berline Fluence électrique, fabriquée en Turquie. La seconde moitié de 2011 devrait voir arriver sur le marché le quadricycle électrique urbain Twizy (biplace) de Renault et 2012 la Zoé, construite à Flins et douée d’une autonomie de 200 kilomètres. ♣ Biodiversité Le Sierra Club veut faire arrêter la construction d’un pont entre Detroit et Windsor pour protéger serpents et plantes rares (La Tribune, 20-22/08/10, p. 13) Voulant protéger des serpents et des plantes rares, l’organisation écologiste Sierra Club a lancé la semaine dernière une action en justice pour stopper la construction d’un pont entre la ville de Detroit (États-Unis) et celle de Windsor (Canada), un ouvrage dont le coût est estimé à cinq milliards de dollars…
Le réseau de surveillance climatologique d’Environnement Canada est en piteux état, révèle un rapport interne rédigé en juin 2008 par un scientifique de l’organisation dont les principaux constats demeurent actuels, selon plusieurs sources. Ce rapport met notamment en garde sur le risque que le système en place ne puisse bientôt plus répondre aux normes internationales et compromette la fiabilité des données permettant de comprendre les changements climatiques : « l’infrastructure nécessaire pour recueillir et traiter les données climatiques a subi une dégradation constante depuis 10 ou 15 ans, et cette tendance s’accélère. (…) La capacité d’Environnement Canada [EC] de protéger les Canadiens par la collecte, l’interprétation et la diffusion d’informations sur l’état de notre système national du climat a été compromise par une longue période de coupes budgétaires à Service météorologique du Canada [SMC] ». Il y aurait ainsi des « erreurs significatives» dans les données des précipitations recueillies automatiquement, et depuis avril 2008, aucun membre du personnel d’EC ne vérifierait plus la valeur des données recueillies. Un tel allègement de la procédure risque de contaminer la base de données du centre d’Archives nationales d’informations et de données climatologiques, souligne le rapport, estimant que le Service météorologique du Canada arrive mal à atteindre les standards fixés par l’OMM pour la surveillance du climat, au risque de gêner l’établissement de prévisions météo globales, chaque pays échangeant ses données avec ses voisins... en respectant bien évidemment les critères de l’OMM. « Si nous ne remédions pas à la situation, le manque de bonnes informations concernant les précipitations et les tempêtes, nous risquons des conséquences graves », estime l’Institut Pembina, rappelant que les « ingénieurs ont besoin de ce type d’informations afin de s’assurer que les ponts et autres infrastructures sont bien adaptés aux rigueurs du climat futur. Les données climatiques ont toujours été importantes, mais c’est d’autant plus vrai dans le contexte du réchauffement de la planète ».
Les experts soulignent que si les changements climatiques ont probablement joué un rôle dans la gravité des inondations qui ont frappé l’Asie, la destruction des écosystèmes a certainement joué une grande part dans l’accentuation de l’effet dévastateur de celles-ci.
Plus de 250 000 personnes ont dû être évacuées dans la province du Liaoning en Chine et plus de 5 000 en Corée du Nord en raison de pluies torrentielles et des inondations consécutives.
Les restrictions d’usage de l’eau mises en place dans les départements de la grande couronne autour de Paris (Seine-et-Marne, Essonne, Yvelines et Val-d’Oise) interdisent le lavage des voitures hors stations de lavage et restreint arrosage des pelouses, et des espaces publics, remplissage des piscines… Mais les arrêtés préfectoraux imposant ces restrictions restent largement inconnus du public… et souvent même des élus. De même les golfs, gros consommateurs d’eau, n’auraient pas reçu l’arrêté. La préfecture précise qu’il n’est pour l’instant question que d’une « phase d’alerte et de sensibilisation et non pas de répression. C’est plutôt un appel au sens civique qui prédomine ». Sensibilisation ou appel au sens civique ont néanmoins plus d’efficacité sur une population informée. Et si l’on en n’est pas encore à la phase de répression, en Seine-et-Marne, où la nappe phréatique de Champigny, qui alimente en eau un million de Franciliens, est en déficit chronique depuis les années 1990, les agents de l’Office national de l’eau ou de la Direction départementale des territoires n’en veillent pas moins à ce que les agriculteurs respectent les quotas d’eau qui leur sont attribués en fonction de l’état de la nappe : les contrevenants encourent une amende de 1 500 euros, 3 000 en cas de récidive et six mois de prison s’ils font obstacle à un contrôle…
Le chantier Aqua Domitia, 13 kilomètres de canalisation enterrée et un investissement de 54 millions d’euros, dont la première tranche a démarré au début de l’été, doit assurer la sécurisation en eau de vingt-cinq communes de l’Hérault entre Montpellier et Béziers, une zone dont la population augmente de quelque 500 000 personnes durant l’été et dont les capacités de prélèvement des ressources locales sont aujourd’hui dépassées. Le tracé d’Aqua Domitia reprend celui qui avait été envisagé pour acheminer l’eau du Rhône à Barcelone (laquelle a finalement choisi de construire des usines de désalinisation) et se place dans le cadre du projet Aqua 2020 (60 km de canalisations enterrées), lancé par la Région et les cinq départements du Languedoc-Roussillon, la plaine du Roussillon elle-même commençant à sentir des signes d’épuisement de sa nappe phréatique. « Cette artère permettra de faire face à la croissance démographique mais aussi aux objectifs fixés par la directive européenne sur l’eau, à savoir le bon état écologique des rivières et des nappes, certaines étant menacées par l’accroissement des prélèvements », explique Claude Allet, président du directoire de la société d’aménagement régionale BRL.
Le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), qui alimente 133 communes (3,6 millions d’habitants) sur sept départements hors Paris, va engager l’an prochain son quatorzième plan d’investissement, 575 millions d’euros entre 2011 et 2015 pour poursuivre les travaux en cours et en démarrer de nouveaux, essentiellement sur ses sites de Choisy-le-Roi (alimenté par la Seine), Méry-sur-Oise (alimenté par l’Oise) et Neuilly-sur-Marne (alimenté par la Marne), qui représentent 95 % des activités de traitement et de distribution d’eau (via un réseau de 8 805 kilomètres de canalisations). Ces travaux à venir concerneront en priorité la rénovation des infrastructures vieillissantes, puis la sécurisation des sites de production contre les inondations, compte tenu de la forte probabilité d’une crue « qui risque d’être plus grave qu’en 1910 », précise Martine Monteil, préfet de la zone de défense de Paris. Une telle crue aujourd’hui exposerait en effet 2 millions de Franciliens à des risques de coupures d’eau. ♣ De possibles déversements dans les Grands Lacs inquiètent les experts (Le Devoir, 26 août 2010) La Commission mixte internationale, qui supervise les eaux partagées par les États-Unis et le Canada, met en garde sur la vulnérabilité des Grands Lacs à des déversements importants de produits chimiques comme du pétrole brut (fuite possible d’un oléoduc), des hydrocarbures ou du chlore. Les conséquences économiques et environnementales de telles pollutions seraient énormes. Les experts canadiens et américains dénoncent des procédures de surveillance laxistes et une mauvaise communication entre les deux pays.
« Plus de 15 milliards d’euros d’investissement en vue », soulignent dans leur titre Les Échos, indiquant que l’État est en train de peaufiner son appel d’offres pour l’implantation d’éoliennes offshore, visant à terme l’installation de 3 000 MW de capacité (l’équivalent de deux EPR). L’objectif est aussi de rattraper le retard de la France vis-à-vis de ses voisins européens, de soutenir une véritable filière industrielle française et aussi de maîtriser l’emballement du solaire. Ce sont donc quelque 600 éoliennes qui devraient être installées au larges des côtes des Pays de la Loire, du Nord de la Bretagne, de la Normandie (entre baies de Seine et de Somme), et du Languedoc-Roussillon, dans des zones que le gouvernement devrait préciser courant septembre, et qui seront découpées en lots afin de mutualiser les coûts des infrastructures de raccordement. L’installation des premières éoliennes devrait se faire au plus tôt début 2015 car l’appel d’offre est assorti d’une période de « levée de risques » qui fait que les candidats ne seront définitivement retenus qu’après une période d’un an et demi à l’issue de laquelle ils auront confirmé la « faisabilité du prix proposé » - faute de quoi, la procédure sera à nouveau ouverte, explique Emmanuel Grasland, des Échos, citant Marion Lettry, déléguée générale adjointe au SER : « dans le domaine des énergies renouvelables, nous avons eu de très mauvaises expériences avec les appels d’offres. Le critère prix annule tous les autres, et on se retrouve avec les projets les moins chers mais aussi les plus fragiles ». Les projets proposés seront en l’occurrence jugés sur leur prix, mais aussi sur leur capacité à utiliser les infrastructures portuaires et le savoir-faire français. Le montant et la complexité des projets imposeront la mise en place de consortiums importants et des regroupements entre des électriciens comme GDF Suez, Iberdrola, des fabricants de turbines comme Siemens, GE ou Alstom, et des professionnels du génie civil émergeront probablement. Les pêcheurs bretons plutôt hostiles au projet : « Les deux zones initialement prévues par l’État pour l’installation des parcs éoliens sont très fréquentées. Nous venons de faire réaliser une étude, avec le soutien financier du Conseil régional de Bretagne. Elle démontre que 150 bateaux spécialisés dans la coquille Saint- Jacques y travaillent au quotidien, auxquels s’ajoutent 36 chalutiers », expliquent Alain Coudray, président du comité local des pêches de Saint-Brieuc, et Pascal Lecler, son homologue du comité local des pêches de Saint-Malo, qui souhaitent voir les éoliennes – autour desquelles la pêche sera interdite - installées sur un site alternatif, plus éloigné de la côte : « les deux emplacements prévus actuellement sont situés à une dizaine de kilomètres au large de Saint-Brieuc et de Saint-Malo. Nous souhaitons une seule zone de 75 km2 de surface, à 20 km du littoral, pour l’implantation de 80 mâts environ ». Ce déplacement un peu plus au large représente un « surcoût d’installation des éoliennes de l’ordre de 10 % ». Le président du comité de Paimpol, Yannick Hémeury, tempère : « il est prévu que nous puissions pêcher jusqu’à 50 mètres des mâts, des récifs artificiels vont être créés, ce qui profitera au développement des homards. De plus, une indemnisation annuelle de 1,1 million d’euros sera imposée au porteur du projet, une partie de cette somme sera versée aux comités locaux de pêche. Je propose qu’on la mutualise afin de l’utiliser dans la lutte contre la crépidule, un coquillage qui envahit nos côtes et perturbe la reproduction des coquilles Saint-Jacques ». En Europe, déjà un millier d’installations en mer Le premier semestre de cette année a vu l’installation et la connexion de 118 nouvelles turbines, au large du Danemark, de la Belgique, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne : 333 MW sont ainsi fournis. Ces mêmes pays sont en train de construire seize autres fermes, qui produiront 4 000 MW – l’équivalent de trois EPR – et porteront à 2 400 MW la capacité européenne. Aujourd’hui, en Europe, neuf pays exploitent un millier d’éoliennes dans un peu plus de quarante fermes. Avec 900 MW installés et 60 % des projets européens en construction, la Grande-Bretagne est passée devant le Danemark en matière de production éolienne offshore. Ces deux pays bénéficient d’un fort potentiel avec de nombreux sites en eaux peu profondes et balayés par des vents réguliers. De plus, souligne [Matthieu Quiret], des Échos, les pays du Nord ont su mettre en place un cadre législatif et économique avantageux pour l’éolien offshore, révisant les règlements maritimes pour accélérer les autorisations administratives et instaurant des tarifs intéressants de rachat de l’électricité produite, modulés en fonction des contraintes de chaque site de production : l’électricité produite dans les sites isolés, plus chers à opérer, étant mieux valorisée. L’Association européenne de l’énergie éolienne ambitionne d’atteindre les 100 000 MW installés d’ici à 2030, ce qui répondrait à 10 % de la demande en électricité de l’Europe des Vingt-Sept, un objectif réalisable en répétant le rythme de développement de l’éolien terrestre – et en attirant chaque année quelque 2,5 milliards d’euros d’investissement, ce que la crise actuelle rend toutefois difficile. L’émergence de l’éolien offshore ouvre quelques perspectives à l’industrie française « L’émergence de l’éolien offshore ouvre quelques perspectives à l’industrie française », observe en titre dans Le Monde Jean-Michel Bezat qui rappelle qu’il n’y a encore aucune éolienne au large des côtes françaises (le seul projet en cours, celui d’Enertrag au large de Veulettes-sur-Mer, Seine-Maritime, est suspendu, suite à un recours en justice déposé par les riverains) et que la France ne dispose pas d’ensembliers aussi puissants que General Electric (américain), Siemens (allemand), Gamesa (espagnol) ou Vestas (danois) : « pétris de culture nucléaire, politiques et dirigeants d’EDF ne s’y sont pas intéressés. Le gouvernement n’a pas soutenu la volonté d’Areva de s’y développer (…) ». « Une filière française peut néanmoins se construire sur la base de PME et bénéficier de l’ancrage hexagonal d’industries performantes », estime Jean-Michel Bezat rapportant que le SER a identifié l’an dernier 140 entreprises opérant dans dix-huit secteurs connexes à l’éolien et que selon une étude de Capgemini Consulting, « l’ensemble du spectre des composants [des éoliennes] pourrait être couvert par les entreprises françaises dans un délai de douze à trentesix mois »…
Suivant les décisions prises par l’Allemagne et l’Espagne, les ministères de l’économie et de l’écologie ont décidé de baisser de 12 % le prix de rachat par EDF de l’électricité photovoltaïque produite dans le cadre de projets professionnels et de grosses installations, les petites installations domestiques inférieures à 30 mètres carrés n’étant pas concernées par cet ajustement tarifaire. Le gouvernement a annoncé le 23 août la publication d’un arrêté sera applicable le 1er septembre. «Cet ajustement permet d’éviter les effets d’aubaine spéculatifs et résulte de la diminution des coûts des équipements photovoltaïques, qui représentent environ la moitié du coût des projets», indiquent dans un communiqué commun les ministères de l’économie et de l’écologie, rappelant que la puissance du parc de panneaux solaires français a été multipliée par dix au cours des deux dernières années, passant de 81 mégawatts fin 2008 a plus de 850 MW fin 2010. « Les projets déposés à ce jour représentent par ailleurs plus de 3 000 MW. La France est donc très largement en avance sur la mise en oeuvre des objectifs du Grenelle Environnement », (1 100 MW installés fin 2012), ajoute le communiqué. « Nouveau coup de frein sur le développement du solaire français », titre La Tribune du 25 aôut. « Solaire : l’état trouve la facture trop chère », titrent le même jour à la une, Les Échos. « Revendre son électricité solaire rapportera moins » titre Le Figaro qui consacre un article au retard français en matière de production photovoltaïque : « Loin derrière l’Allemagne et l’Italie, leaders mondiaux, à bonne distance de la Belgique, ou de la République tchèque… (…) La France est l’un des mauvais élèves de l’Europe ». D’autant que faute de capacité de raccordement, sur les 430 MW installés fin 2009, le parc raccordé ne représentait en fait que 268 MW, contre plus de 7 GW installés et raccordés en Allemagne. « Le gouvernement veut limiter les effets d’aubaine liés à l’électricité photovoltaïque » , titre Le Monde dans lequel Jean-Michel Bezat rappelle le coût pour la collectivité d’une électricité payée significativement plus chère le temps de lancer la filière, une « phase d’amorçage » aujourd’hui achevée avec un parc photovoltaïque de 850 MW fin 2010, et « des projets engagés déposés à ce jour [représentant] plus de 3 000 MW [ce qui est] très largement en avance sur la mise en oeuvre des objectifs du Grenelle de l’environnement » de 1 100 MW installés fin 2012, indique le ministère de l’écologie.
La consommation française de carburant a reculé de 1,6 % en juillet 2010 par rapport à son niveau de juillet 2009. Indice marquant de l’activité économique, la consommation de super a baissé de 7 % en juillet 2010 par rapport à juillet 2009 tandis que la consommation de gazole à augmenté de… 0,2 %, alors que sept voitures sur dix en France ont un moteur diesel.
Des chercheurs de l’université de Napier, Edinburgh, ont déposé un brevet pour un biocarburant obtenu à partir de sous-produits de la fabrication du whisky. La production, si elle présente l’avantage de ne pas nécessiter de culture spécifique (et donc de consommation de terres agricoles, eau, engrais…) resterait toutefois limitée à un usage local, faute de volume suffisant. (En savoir plus : http://www.napier.ac.uk/media/Pages/NewsDetails.aspx?NewsID=151)
En lançant en novembre dernier son vaste programme de développement des énergies renouvelables, le Maroc affichait ses ambitions dans le domaine de l’environnement, et mettait ses actes en accord avec sa signature de la CCNUCC en 1995, et du protocole de Kyoto en 2002. Le plan lancé voici presque un an engage tous les acteurs de la société civile avec des objectifs concrets à un horizon de dix ans : un premier volet concerne l’eau (un investissement de l’équivalent de 4,3 milliards d’euros), avec l’objectif d’un niveau de raccordement global au réseau d’épuration de 80 % en 2020 et 90 % en 2030. Un second volet s’intéresse au retraitement des déchets, avec l’objectif d’un niveau de collecte de 90 % (contre 70 % actuellement) d’ici à dix ans. En matière d’énergies renouvelables, les ambitions s’ont d’autant plus grandes que le pays dépend aujourd’hui à 97 % de ses importations, notamment de pétrole, pour sa consommation énergétique, ce qui signifie une facture énergétique multipliée par deux entre juin 2009 et juin 2010. Et « avec l’élévation du niveau de vie et le développement économique, les besoins énergétiques vont tripler d’ici à 2030. Il y avait urgence à accroître les capacités énergétiques du pays », a expliqué à La Tribune Mustapha Bakkoury, président de l’Agence marocaine pour l’énergie solaire (Masen). Cet accroissement de production passera essentiellement par les énergies renouvelables : solaire, hydraulique et éolien se répartiront à parts égales (2 000 mégawatts) les capacités installées pour en représenter 42 % en 2020. L’éolien fournit actuellement 300 mégawatts de capacités installées et en compte 700 en cours d’installation. Pour la mise en oeuvre du grand plan solaire marocain annoncé en novembre 2009, la Masen a retenu 180 candidats sur le projet de Ouarzazate, un site qui devrait être achevé en 2015 et disposer d’une capacité de 500 mégawatts, et qui doit aussi être le premier d’une série de quatre autres sites sur le sol marocain, portant ainsi les capacités du pays en matière solaire à 2 000 mégawatts (coût estimé, 9 milliards d’euros) : « Rien de moins que l’un des plus gros projets photovoltaïques du monde », commente Gaël Vautrin, de La Tribune. Mais « le Maroc a [aussi] un rôle moteur à jouer en matière d’énergie dans la région et pourrait à termes devenir un hub énergétique à la lisière entre l’Europe et l’Afrique », fait valoir Amina Benkhadra, ministre marocaine de l’énergie. En répondant à ses propres besoins, le pays deviendrait ainsi un acteur incontournable du plan solaire méditerranéen qui prévoit à terme l’installation de 20 gigawatts de capacités installées sur le pourtour du bassin.
Le projet Desertec consiste à construire une trentaine de supercentrales solaires thermiques dans le désert pour alimenter l’Europe en électricité renouvelable. Et, commente Paul Molga, des Échos, implique d’aplanir de sérieuses questions politiques. Le physicien suisse Gerhard Knies qui a conçu ce projet (un investissement de quelque 400 milliards d’euros) a convaincu dix-sept industriels européens et proche-orientaux d’en étudier la faisabilité. La société DII (pour Desertec Industrial Initiative), a été créée à cette fin il y a quelques semaines et ses actionnaires (dont ABB, Deutsche Bank, E.ON, Man Solar Millennium, Munich Ré ou Siemens) se sont donné jusqu’en 2012 pour prendre une décision. La question du coût de production est centrale, mais la question économique se double du risque politique, lié en particulier à l’installation de centrales dans des pays aux régimes instables. De même, souligne Paul Molga, il n’est pas sûr que les pays partenaires de Desertec acceptent de s’aligner sous le drapeau allemand, aujourd’hui leader du projet. Pour peser dans la balance, la fondation pour le projet Désertec entend récolter les voix des consommateurs et a lancé une pétition en ligne (www.desertec.org/yourvoice) : « la répartition des ressources n’est pas un sujet privatisable », fait valoir Gerhard Knies, qui part du principe que plus de 90 % de la population mondiale habite à moins de 3 000 kilomètres d’une région désertique et qu’il suffirait donc d’équiper ces zones inhabitées de centrales solaires thermiques (et non photovoltaïques) pour couvrir les besoins de toute la planète : « en occupant seulement trois millièmes des 40 millions de km2 de déserts, on peut générer sans émission de CO2 les 18 000 TWh/an que consomme aujourd’hui l'humanité. Cela correspond à 20 m2 de désert par personne »… Les centrales solaires thermiques à concentration (concentrée par des miroirs, la lumière solaire chauffe de [l’eau] et produit de la vapeur laquelle actionne des turbines et des alternateurs) sont déjà exploitées depuis le milieu des années 1980 en Californie (désert de Kramer Junction) et, plus récemment, en Espagne. Facilitant le stockage de la chaleur, ces centrales permettent de libérer de l’énergie jour et nuit, même par temps couvert. Avec une trentaine de supercentrales, Desertec entend couvrir 15 % des besoins européens en 2050, éoliennes et biocarburants venant en complément pour faire face aux pics de consommation. Un autre consortium industriel, le projet français Transgreen, intégré au Plan solaire méditerranéen (qui prévoit la construction de capacités de production d’électricité de source renouvelable de 20 gigawatts d’ici à 2020), a été mis en place pour la construction d’un réseau sous-marin de transport d’électricité entre l’Afrique et l’Europe, en liaison avec Désertec. Transgreen compte aujourd’hui une quinzaine d’actionnaires industriels, dont le fabricant de câbles électriques Nexans, l’industriel allemand Siemens, EDF et RTE. Il prévoit un premier démonstrateur vers 2015, qui s’appuiera sur le plan solaire marocain.
Lancée début avril, la construction du pipeline Nord Stream, projet pharaonique sous-marin du russe Gazprom (8,8 milliards d’euros), qui permettra à la Russie d’exporter 55 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe, avance : près de 300 kilomètres de tube (1,15 m de diamètre) ont déjà été posés dans les fonds de la Baltique. Il en reste un millier pour permettre d’acheminer directement le gaz russe en Allemagne, sans passer par des pays de transit. Plongeant de la ville russe de Vyborg dans la baie de Portovaya, le tuyau refera surface à Greifswald, en Allemagne, après avoir traversé les eaux territoriales de la Finlande, de la Suède et du Danemark, rapportent les correspondantes de Libération, Marielle Vitureau (en Lituanie), Anne-Françoise Hivert (en Suède), Maja Zoltowska (en Pologne). Mais ce nouveau lien Russie-Europe divise les riverains de la mer Baltique : la Pologne et les pays baltes sont cantonnés au rôle de spectateurs, leur demande de rattachement au gazoduc par des embranchements supplémentaires afin de bénéficier d’une diversification pour leur approvisionnement en gaz ayant été rejetée : Tallinn, Riga et Vilnius restent ainsi dépendantes de la Russie sur ce point, permettant à Moscou d’imposer ses prix et ses conditions. Après la fermeture de sa centrale nucléaire d’Ignalina début 2010, la Lituanie, dont toutes les centrales électriques fonctionnent au gaz russe, s’inquiète particulièrement de cette dépendance. Pour assurer sa sécurité énergétique, la Pologne investit dans un premier terminal maritime de gaz liquéfié (dont la construction commencera en septembre pour s’achever en 2014), qui apportera un million de tonnes de gaz du Qatar, conformément au contrat signé pour vingt ans avec ce fournisseur. Nord Stream gêne également les pêcheurs lituaniens, tenus éloignés la zone internationale dans laquelle passe le gazoduc, « considéré comme un objet dangereux », non loin de la Suède et de la Lituanie, et qui est aussi leur zone de pêche favorite. Et si, malgré les inquiétudes environnementales (pour faire passer son pipeline, Gazprom a par exemple déjà dû faire sauter une soixantaine de mines de la Seconde Guerre mondiale, dont une quantité repose encore au fond de la Baltique) et économiques qu’il suscite, l’Europe se félicite du projet Nord Stream, celui-ci, néanmoins, « va permettre à la Russie d’avancer ses positions en mer Baltique. [En cas de crise], le gazoduc deviendra un aspect du conflit et la Russie a déjà fait savoir qu’elle aurait l’obligation de le protéger à n’importe quel prix », s’inquiète le commandant Bo Huldt, professeur à l’École nationale de la défense suédoise. Inquiétude encore renforcée en Lituanie : « avec la Suède, nous nous posons beaucoup de questions sur un renforcement de la militarisation de la mer Baltique. Si les forces militaires russes deviennent plus importantes, alors nous devrons réagir avec l’Union européenne et l’Otan », estime Rasa Jukneviciene, ministre lituanienne de la défense.
En faisant voler durant vingt-six heures son avion Solar Impulse le 8 juillet dernier, Bertrand Piccard a démontré la crédibilité de son projet de faire en 2013 un tour du monde en cinq escales, dans un tel appareil (le chantier d’un second Solar Impulse va bientôt démarrer), sans brûler une goutte d’essence, en exploitant en en emmagasinant le jour l’énergie photovoltaïque pour gagner de l’altitude et voler de nuit. En attendant, des missions plus longues et, après 2012, une traversée de l’Atlantique, sont programmées. Les soixante-dix personnes qui travaillent sur Solar Impulse ont un double verrou technologique à faire sauter : celui du poids de l’appareil (les batteries au lithium représentent un quart de cette masse) et celui de l’optimisation de l’énergie, tirée des 11 600 cellules photovoltaïques qui recouvrent la voilure droite de l’avion, obligeant celui-ci à s’envoler de jour à plus de 8 000 mètres d’altitude pour redescendre vers 1 500 mètres au cours de la nuit. L’aéronautique progresse donc sur la voie des énergies renouvelables, avec aussi un drone solaire, le Zephyr de la société QinetiQ qui a volé pendant quatorze jours au-dessus de la base d’essais militaires de Yuma (Arizona), rapporte Matthieu Quiret, des Échos. Bertrand Piccard a cependant une inquiétude rétrospective : « depuis des années, nous disons dans les interviews, conférences et rencontres politiques, que les énergies renouvelables permettront de réaliser l’impossible, que les "cleantechs" nous libérerons de la dépendance au pétrole. Nous n’en avions pas encore la preuve, simplement une conviction profonde. Mais si pour une raison quelconque, même un petit détail sans rapport avec la question énergétique, nous avions échoué, nous aurions fait un tort considérable à la cause que nous voulions promouvoir ».
Le Solar Impulse, qui a effectué son premier vol de jour le 7 avril et en a réalisé depuis une dizaine d’autres, est un prototype unique utilisant comme seule source d’énergie les quelque 12 000 cellules photovoltaïques recouvrant ses ailes, alimentant les quatre moteurs électriques de 10 chevaux chacun, et permettant aussi de recharger ses 400 kg de batteries lithium-polymère. L’avion devait tenter le 1er juillet de démontrer sa capacité à voler de nuit, un test crucial pour le tour du monde que l’équipe espère réaliser d’ici trois ans. En dépit des conditions météo pourtant particulièrement favorables, le vol a dû être reporté en raison d’un problème technique - premier revers subi par l’équipe (quelque 70 personnes) en sept ans de travail - : « une défaillance est survenue sur une pièce essentielle de l’avion [une pièce de télémétrie tombée en panne mercredi soir]. Nous avons dû reporter le décollage à un autre jour, la pièce qui doit être remplacée sur le système télémétrique n’est pas compatible avec l’actuel système », a expliqué Bertrand Piccard, explorateur suisse à l’origine de cet avion, lors d’un point presse sur la base militaire de Payerne (Suisse) d’où Solar Impulse devait décoller le 1er juillet au matin pour un vol de 25 heures. Ce n’est donc que le 7 juillet à 6h51 que Solar Impulse, piloté par André Borschberg, a pris le départ pour un vol non-stop qui a duré 26 heures au dessus du Jura suisse : il a atterri le 8 juillet au matin sur la piste de la base militaire de Payerne. Les batteries lithium-polymère de 400 kg installées sur l’avion, rechargées par les panneaux solaires tout au long de la journée de mercredi ont fourni l’énergie nécessaire pour maintenir l’appareil en vol durant la nuit. Ce vol, qui intervient trois mois après un premier essai d’une heure et demie, est une étape cruciale pour le projet. Pour Claude Nicollier, directeur de vol, il s’agit d’« un superbe vol, meilleur que prévu », qui a permis de tester la capacité de l’appareil à voler de jour comme de nuit, ses cellules photovoltaïques rechargeant sous le soleil les batteries nécessaires au vol nocturne. L’appareil aurait même pu poursuivre son vol, car « il capte suffisamment d’énergie pour remonter en altitude et passer une nouvelle nuit », a affirmé Bertrand Piccard. L’équipe compte effectuer d’autres vols pour calibrer l’appareil et construire un deuxième exemplaire, plus léger, utilisant des nanomatériaux, qui fera le tour du monde en cinq étapes d’ici à 2013, voire 2014, et non plus 2012 comme annoncé précédemment.
Nouvelle entorse au Grenelle de l’environnement, signale La Tribune dans son sommaire en première page : à la demande de la FNSEA un arrêté ministériel, à l’étude au Conseil d’État, prévoit d’autoriser des camions de 44 tonnes pour le transport de produits agroalimentaires entre leur lieu de production et leur lieu de première transformation. La législation interdit aujourd’hui les transports routiers de plus de 40 tonnes et les associations écologistes craignent que cet assouplissement ne généralise rapidement l’arrivée de camions de 44 tonnes sur les routes de France, une fois les restrictions oubliées. Stephen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement, constate que « le Grenelle fixait la part du fret ferroviaire à 25 % pour 2020 et 17 % pour 2012. Aujourd’hui on en est à 12 % alors qu’en 2006, on en était à 14 % ». « Le Grenelle devait apporter des changements drastiques au système de transport. Aujourd’hui, on entend beaucoup de déclarations au sujet du fret ferroviaire, mais peu de réalisations », renchérit Michel Dubromel, responsable de France Nature Environnement.
La Finlande s’apprête à construire sur les 130 kilomètres reliant les localités de Turku et de Vaalimaa, la première « autoroute verte » au monde, équipée de stations-services fournissant de l’électricité et des biocarburants produits à partir de ressources locales. « L’objectif est de créer le modèle d’une autoroute écologique, qui pourrait servir y compris au niveau international », explique Aki Marjasvaara, directeur du projet dont l’objectif, à terme, est de parvenir à rendre neutre en émissions de carbone les déplacements motorisés. Le rapport sur la faisabilité du projet est attendu pour mars 2011 pour un lancement du chantier à l’automne de la même année, avec le soutien de l’Union européenne et des investissements des grandes compagnies.
Après quatre années d’efforts des collectivités en faveur de leur programme de mobilisation des entrepreneurs régionaux sur l’efficacité énergétique, le pôle de compétitivité Alsace Énergivie dédié aux bâtiments et aux sites produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment, a reçu sa labellisation Écotechs. Diffusion du label Effinergie, installation de chaufferies collectives au bois dans les collectivités, aides aux particuliers pour l’installation de chaudières solaires, développement de filières industrielles locales pour la production de fenêtres isolantes, de systèmes photovoltaïques, d’isolants pour le bâtiment… le pôle Énergivie n’a négligé aucun aspect et a impliqué universités et recherche publique (son équipe dirigeante est d’ailleurs installée dans les locaux de l’université de Strasbourg). Le pôle matériaux et nanosciences bénéficie ainsi, par exemple, des réseaux de collaboration transfrontaliers (Allemagne, Suisse) voulus par les promoteurs d’Énergivie. À terme, « la mise en commun des expertises sur les trois référentiels Effinergie, Passivhaus et Minergie pourrait donner naissance à un futur standard normatif de la maison à énergie positive », prévoit Jean-Luc Sadorge, nouveau DG du pôle Énergivie. Des étudiants bordelais primés pour leur maison solaire (La Tribune, 26/08/10, p. 26) Une équipe bordelaise d’étudiants de l’Ensam Bordeaux et Arts & Métiers ParisTec s’est classée septième au concours international Solar Décathlon de juin (qui s’est tenue pour la première fois en Europe à Madrid), une compétition en dix épreuves destinée à promouvoir la maison solaire du futur. Leur projet, baptisé Napevomo, mené avec l’appui de Nobatek (centre de ressources technologiques spécialisé dans la construction durable) et de Trèfle (transferts, écoulements, fluides, énergétique), implantés sur le campus de l’Ensam, était « d’imaginer une maison basse consommation, à balance énergétique positive, et avec un minimum d’impact sur l’environnement », explique Philippe Lagière, responsable scientifique de Nobatek et coresponsable du projet. Celui-ci (qui a utilisé un matériau local, le pin des Landes et le procédé Above d’aboutage de bois vert), a remporté le premier prix de la catégorie développement durable, notamment pour son système de filtration des eaux grises dans une mini station d’épuration faisant appel aux lombrics et l’utilisation de l’eau pour l’arrosage de la toiture-terrasse et d’une façade végétalisée. Leur deuxième prix innovation et troisième prix systèmes solaires sont liés à la faible consommation d’énergie, avec une surface réduite de panneaux solaires (concentration et microgénération). Les étudiants bordelais, qui ont également reçu le deuxième prix confort, verront leur maison reconstruite sur le campus où elle sera analysée pendant deux ans, et une version de préindustrialisation sera développée dans les six mois, pour commercialisation.
Une étude rendue en juin (mais restée inédite) par le chercheur en sociologie Pierre-Benoît Joly, de l’Inra et intitulée La saga du chlordécone aux Antilles françaises : reconstruction chronologique 1968 – 2008, met en évidence « de véritables anomalies dans le cadre d’une approche de prévention », pointant notamment « l’influence des intérêts économiques » pour expliquer que le chlordécone, interdit aux États-Unis depuis 1976, ne l’ait été en France métropolitaine qu’en 1990 et aux Antilles, où il était largement utilisé dans les bananeraies, en 1993 seulement. Un rapport de l’Afsset datant de décembre 2009 soulignait déjà le poids économique de la culture de la banane dans la gestion du dossier chlordécone : « face à la défense de l’industrie bananière française, on peut faire l’hypothèse que l’impact de l’utilisation de produits phytosanitaires sur l’environnement et la santé ait été secondaire dans les préoccupations des autorités politiques ». Et, de fait, le chlordécone aurait été utilisé jusqu’en 2005-2007…
« Je crois que c’est le moment d’aller vers de nouvelles pratiques, pour utiliser moins de pesticides », a suggéré Michel Barnier, ministre de l’agriculture, de retour aux Antilles où il a pu constater la destruction de la quasi-totalité des plantations de bananiers après le passage de l’ouragan Dean. Mais Dean n’est pas le seul à faire des ravages aux Antilles françaises : la plupart des cultures vivrières (patates douces, ignames…) et la plupart des ressources aquatiques sont en effet polluées par l’utilisation massive de chlordécone, utilisé pour éradiquer le charançon des plantations bananières. Seules les bananes, sous leur peau épaisse, sont protégées. Et les terres à dépolluer ne sont pas les grandes bananeraies, mais les petits potagers. Malgré les études montrant la dangerosité de ce pesticide et l’interdiction de son utilisation prononcée en 1993, le chlordécone reste utilisé pour la culture bananière aux Antilles, l’Agence française de sécurité sanitaire (Afssa) ayant simplement été chargée de fixer des seuils autorisés de chlordécone contenu dans les aliments. La population antillaise soupçonne fort les pouvoirs publics d’avoir tout lâché au lobby bananier (largement indemnisé des dégâts causés par Dean) au détriment du reste de la population antillaise. « La crise est extrêmement grave. Il est nécessaire que les actions soient scientifiquement fondées et socialement acceptées, avant d’être politiquement menées. Il faut réaliser un énorme travail de communication afin de répondre à l’inquiétude de la population, et au ressenti actuel d’insuffisance des pouvoirs publics », souligne une note interne du 24 juillet (un mois avant le passage du cyclone) de la mission interministérielle et interrégionale chlordécone.
Plus de quinze ans après son interdiction sur l’île de la Martinique, le chlordécone continue d’y faire des ravages, constate Hervé Brival, correspondant du Monde à Fort-de-France. Un arrêté préfectoral du 22 septembre y interdit en effet « la pêche sous toutes ses formes » dans les rivières et un autre arrêté interdit également « la pêche et la commercialisation en vue de la consommation humaine » de certaines espèces dans plusieurs baies semi-fermées en aval de bassins versants contaminés par le chlordécone, des mesure justifiées par la nécessité de « prévenir les effets sur la santé liés à une exposition aiguë ou chronique résultant d’une consommation de produits de la pêche potentiellement contaminés ». Les résultats des dernières analyses ont révélé que sur quarante sites examinés, 96 % des échantillons de poissons et crustacés prélevés étaient contaminés. Plus de deux tiers présentaient une concentration proche de 50 microgrammes (μg) de chlordé-cone par kg, alors que l’Afssa recommande que cette concentration ne dépasse pas 20 μg par kg pour les produits frais. Parmi les espèces concernées par ces mesures, en vigueur jusqu’à ce que l'Afssa se prononce sur la question, probablement fin novembre, langoustes blanches et brésiliennes, crevettes, crabes de mer, tilapia et thazard franc (poisson apparenté au maquereau)… Déjà en grande difficulté, les marins pêcheurs, considérant qu’il est inadmissible de devoir payer pour les pollueurs et craignant aussi que les consommateurs délaissent les étals, ont fort mal reçu l’annonce de ces mesures. Pesticide difficilement dégradable, et donc durablement présent dans les sols ou encore dans les sédiments des rivières, le chlordécone a été largement utilisé aux Antilles dans les plantations de bananes jusqu’à son interdiction, en 1993. Malgré celle-ci, la direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes avait encore découvert en 2002 d’importantes quantités de chlordécone dans une cargaison d’une tonne et demie de patates douces arrivée de Martinique à Dunkerque (Nord) et en mars 2003, le préfet de région de l’époque avait finalement pris un arrêté imposant l’analyse obligatoire des sols avant toute mise en culture de légumes à racines et interdisant la vente de denrées contenant du chlordécone.
Une étude publiée le 23 août sur le site des Annals of internal medicine indique que deux ans après avoir participé au nettoyage de la marée noire provoquée en 2002 par le naufrage du pétrolier Prestige, les « nettoyeurs » présentaient un accroissement des symptômes respiratoires et des altérations chromosomiques dans leurs globules blancs par rapport à des sujets témoins. Les auteurs n’ont cependant pas établi de relation causale avec l’exposition aux produits pétroliers.
L’Autorité de sûreté britannique rapporte que 443 incidents entraînant 85 « fuites d’importance significative » ont été signalées sur les plates-formes pétrolières britanniques de la mer du Nord sur une année.
Des chercheurs du Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), institut privé d’études océanographiques, ont découvert à 900 – 1 100 mètres de profondeur, dans les eaux du golfe du Mexique, un panache de pétrole de plus de 35 kilomètres de long sur 2 km de largeur, et d’une épaisseur de près de 200 mètres, progressant de 6,7 km par jour en direction du Sud- Ouest. La revue Science a publié dans son édition du 19 août le rapport de Richard Camilli, chef de l’expédition scientifique qui a découvert cette nappe et l’un des responsables du WHOI. M. Camilli précise que les travaux de son équipe ont « non seulement démontré (…) qu’il existe bien un panache de pétrole dans le golfe du Mexique, mais [ont aussi] déterminé son origine et sa composition ». Ainsi, les autorités américaines ont peut-être crié victoire un peu trop tôt, face à la disparition apparente du pétrole dans le golfe du Mexique, observe Grégoire Allix, du Monde, expliquant que « ce nuage toxique passe d’autant plus inaperçu qu’il est incolore et inodore, en raison de l’absence de certains composés du pétrole brut. "Les échantillons d’eau prélevés au coeur du panache sont clairs comme de l’eau de source", décrit M. Camilli », pour qui cette nappe est très probablement bien plus étendue que ne le révèle l’étude (interrompue par l’Ouragan Alex) et pourrait aussi être une nappe… parmi d’autres. De plus, les quantités d’oxygène dissous dans le panache, mesurées fin juin, n’avaient pas baissé à des niveaux suggérant une activité bactérienne de dégradation des hydrocarbures, laquelle pourrait demander de longs mois. Cette étude, qui contredit le discours rassurant de la NOAA et de BP, confirme l’hypothèse émise le 17 août par l’océanographe Chuck Hopkinson et ses collègues de l’université de Géorgie, selon laquelle « penser que le pétrole qui s’est dissous dans l’eau a disparu et est de ce fait inoffensif » est une erreur.
La marée noire n’est pas la seule menace pesant sur la faune marine au large de la Louisiane : les pollutions causées par l’épandage d’engrais agricoles sont à l’origine dans le golfe du Mexique d’une des plus vastes « zones mortes » (ou anoxique : des tonnes de nitrates et de phosphore rejetées dans le golfe via le Mississippi provoquant, avec la chaleur estivale, une efflorescence d’algues qui vident l’océan de son oxygène, empêchant toute autre forme de vie) du monde. La surface totale de cette zone a atteint cette année 20 000 km2, presque le double de celle mesurée en 2009 et un tiers plus importante que la moyenne enregistrée depuis 1985, indique une étude du Louisiana Universities Marine Consortium, publiée le 9 août avec le soutien de la NOAA. La saison cyclonique, qui s’annonce très active, pourrait cependant aider à diluer les zones anoxiques, déjà morcelées par les vents et les courants.
Le Brésil a réexpédié en Allemagne le 21 août une cargaison de 22 tonnes d’ordures ménagères entrées illicitement. Parties du port de Hambourg, ces déchets ont été présentés comme du plastique pour recyclage et usage industriel. Le Brésil a infligé une amende de l’équivalent de 668 000 euros au transporteur et de 177 000 euros à l’importateur, et entend bien dénoncer l’affaire à la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux.