Si vous êtes contents, alors je suis content

 

J'ai toujours été profondément convaincue sur le fait que les préoccupations matérielles nous éloignent du vrai bonheur. Jusque là rien de transcendant me direz vous. Mais en creusant un peu la question, j’ai souvent eu des discussions houleuses avec certaines personnes... Mon expérience en Inde ne fait que renforcer mon opinion. Nous avons fait une ballade en barque inoubliable hier matin sur le Gange avec mon amie Angélique. Une fois de plus dans ce pays de lèves tôt, nous étions opératives à 5 h. Direction les ghats (quais) pour aller négocier une excursion en bateau avec un mallah (conducteur de bateau). Nous avons accepté la proposition de Gopi et ce fut sans regret…

Au cours de ce voyage, nous avons non seulement découvert le spectacle de beauté de Varanasi depuis le Gange, mais aussi la vie d'un jeune homme indien que je souhaite vous présentez ici.

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Gopi, le batelier heureux. Varanasi

Gopi a 27 ans et vit à Varanasi, loin de sa famille et de sa petite amie qui vivent à Allahabad, sa ville natale (célèbre pour la Kumbha Mela, un des événements religieux les plus importants du monde, regroupant 2 millions de pèlerins tous les 12 ans). Il ne retourne visiter les siens qu’une fois par an, et doit passer le reste de l’année à Varanasi pour exercer son activité batelière, son gagne pain (ou gagne roti, le pain indien). Chaque nuit, il recouvre sa petite barque en bois avec une sorte de tente pour en faire un abris, sa maison... Il dort là, travaille là et fait sa toilette dans le Gange à l’instar de milliers de personnes (voir l’image ci-dessous). Ceci n’est pas seulement un exemple du quotidien d’un conducteur de barque mais de beaucoup d’indiens (conducteurs de tax et rickshaw, commerçants ambulants, etc).

Des millions de personnes doivent se battre quotidiennement pour survivre et se faire une place au milieu des rues surpeuplées. C’est surement à cause de cette vie indigente que les indiens ont, à mes yeux, développé une sagesse due à une vie intérieure beaucoup plus « riche ». Nous n’étions pas au bout de nos surprises avec Gopi. Une fois la ballade terminée, il a littéralement refusé qu’on le paye ! Il semblait tellement heureux d’avoir pu partager sa culture, un spectacle éblouissant de couleurs et de joie sur les bords du Gange, qu’il s’est contenter de nous dire : « Si vous êtes contentes de ces 3h passées en ma compagnie, alors je le suis aussi ». Nous avons bien sûr insisté pour qu’il accepte son du et avons finalement triomphé. Mais je pense que tout l’argent du monde ne vaut la leçon d’humilité que nous reçu...

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Bain quotidien dans le Gange
 

Mon intention est de souligner ici une facette de l'Inde que les étrangers ne voient pas (ou ne souhaitent peut-être pas voir). Il est vrai que la vision constante de la pauvreté est difficile à supporter aux des yeux occidentaux, sans parler de la saleté et de l'insistance des mendiants ou des personnes vous poursuivant pour vous vendre quelque chose ou tout simplement de vous dévisager avec curiosité. Malheureusement, beaucoup de touristes ne garde à l'esprit que cet aspect de l'Inde, et ils reviennent chez eux un peu « troublés » par leur voyage. Mais pour profiter pleinement d’un voyage, il faut avant tout essayer d’ouvrir les yeux. Ceci est peut-être plus difficile en Inde où l’on doit se mettre, ce que j’appelle, «un filtre anti-préjugé» afin d’apprécier réellement la culture du pays. Une fois cette barrière franchie, vous êtes enfin prêt pour partir à la vraie découverte de ce pays. Je ne parle pas ici de la richesse au niveau du compte en banque mais de celle du coeur. Chaque jour je suis touchée par la bonté et le bonheur d’indiens que je rencontre dans mon voyage et qui sont, financièrement, pauvres et qui pourtant semblent complètement détachées de la vie matérielle et de ses soucis pécuniers. Pour bien comprendre cela, il faut cependant sortir des sentiers touristiques et accepter de communiquer avec les locaux, car ils ne demandent que ça !

Venant d'un pays où l'argent est le nerf de la guerre et où les gens ont (indépendamment de leur volonté) adopté une vision cupide de la vie, l'humilité et la joie de vivre du peuple indien m’a profondémment marquée. Je ne dis pas là que nous, les occidentaux, sommes des monstres dénués de coeur mais que, au lieu de les regarder de haut sans cesse, nous devrions peut-être essayer d'en apprendre un peu plus de ces pays « en développement » afin d’essayer d’atteindre une certaine richesse intérieure au détriment de la richesse extérieure (et arreter de se droguer au prozac par la même occasion…). Il est au moins encourageant de voir que la plupart des voyageurs que nous rencontrons ici semblent avoir compris ce défi. Je ne veux pas être toutefois une utopiste égarée et je dois reconnaître que l’Inde a aussi beaucoup à apprendre du monde occidentale, en particulier au niveau des infrastructures. Mais de tous les pays que j’ai visité jusqu’à présent, elle reste à mes yeux celui où il est bon d'y passer quelques temps pour soigner ses souffrances du cœur et mentales. Quoi qu'il en soit, je suis heureuse de vous présenter Gopi (le conducteur du bateau). C'est ma façon de le remercier pour ce voyage merveilleux qui nous a fait débuter la journée de bon pieds.

Je vous à invite à découvrir ici des photos de cette ballade.

Voir l'album complet de Varanasi.

Voir des exemples en image de la vie quotidienne en Inde.

Badmarsh & Shri m'a inspiré quand j'ai écrit cet article.

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