
Il tourne, il tourne, le cycle idiot.
Petite expérience préliminaire: commencez par entrer "A Love Story" Moore dans la barre de recherche de Google, le seul, l'unique, le vrai (et le dominant, mais ça, c'est une autre histoire). Remarquez le nombre de pages trouvées. Puis répétez la manoeuvre avec les termes "The Idiot Cycle" Schick Garcia. Appréciez la différence en termes de nombre de pages.
Et pourtant, ce documentaire écrit, dirigé et coproduit par Emmanuelle Schlick Garcia, mériterait d'être bien plus largement connu, diffusé, discuté, débattu. De quoi il en retourne?
C'est l'histoire d'une mécanique bien huilée...
Ce film s'intéresse au cycle idiot, qui serait mis en place et utilisé par les plus grandes industries chimiques du monde et comment ces industries, qui fabriquent et diffusent des substances cancérigènes, développent, produisent et financent les traitements pour les cancers. Cancers provoqués précisément par l'exposition à ces mêmes substances que diffusent et commercialisent les industries en question... Ce qui, par la même occasion, ferait du cancer la maladie la plus lucrative de la planète, au bénéfice des Monsanto, Astrazeneca, Bayer, Dupont, BASF, et autres Dow Company du même genre.
Concrètement, nous sommes quotidiennement bombardés de millions de produits chimiques, dont beaucoup se mélangent dans l'environnement pour en créer de nouveaux. Si on peut identifier l’effet de telle ou telle substance, on ne sait rien de l’impact que leur mélange peut produire sur la santé: différents produits peuvent additionner leurs effets, alors qu'ils semblent complètement inoffensifs lorsqu'ils sont étudiés isolément au laboratoire. En effet, les tests sur les polluants sont en général effectués, substance par substance, sans tenir compte des effets combinés des différents produits chimiques: il s'agit du très méconnu "effet cocktail", par ailleurs difficile à étudier vu la quantité énorme de substances potentiellement en interaction. Et au final, aucun gouvernement au monde ne sait quels produits de consommation contiennent des produits chimiques, lesquels et en quelles quantités.
Maintenant, ces industries chimiques ont trouvé un nouveau tour de magie: les biotechnologies, dernière "innovation", à l'instar des produits chimiques synthétiques il y a cinquante ans. Ces compagnies s'attachent désormais à développer et promouvoir les organismes génétiquement modifiés, dont les effets à long terme sur la santé n'ont jamais été testés.
Comme les produits chimiques, les OGM sont en train d'être diffusés sur le marché, sans aucune habilitation gouvernementale ou consentement des populations, soi-disant pour un monde meilleur. Une fois de plus, ces produits seront testés sur... vous.
Et du grain de sable dans les rouages...
Film indépendant réalisé en 2009, produit sans distributeur ni soutien de chaîne TV, sa diffusion est pour le moment possible grâce à l'action d'universités, d'associations et de cinémas indépendants.
Aux États-Unis et au Canada, sa sortie semble très compromise: le film a sollicité une assurance erreurs et omissions, nécessaire compte tenu du caractère "sensible" du sujet traité. Ce type d'assurance constitue une certaine garantie contre les poursuites dont risquent de faire l'objet ce type de film engagé. "Bizarrement", la demande a été refusée en raison du "sujet du film". Questions-jackpot posées sur le site du film: "Qui sont les clients des sociétés d'assurance? Qui fait la publicité sur vos chaînes de télévision préférées? Qui finance les publicités dans votre journal préféré? Ce n'est pas un complot, c'est une réalité. Personne ne veut bouleverser la main qui les nourrit, même si cette main en empoisonne d'autres."
Retour au titre de l'article: être ou ne pas être, telle est la question. Que celui qui ne s'est jamais servi de ce fragment de monologue lève le doigt. Fragment, car bien peu de gens ont idée de la suite. Vous la connaissez, vous? Et on en use et on en abuse joyeusement, au détour de conversations toutes plus éloignées les unes que les autres du sens originel. Pour une fois, la question correspond à la situation: faut-il lutter ou subir? Emmanuelle Schlick Garcia choisi l'engagement, et donne la parole à des personnes qui luttent à travers leurs choix de vie. Beaucoup de questions sont posées, quelques réponses se dessinent en creux, à travers les entretiens avec les différents participants. Mais vu l'amplitude du sujet, beaucoup d'interrogations restent ouvertes...
Ce documentaire nous livre un éclairage inquiétant sur le présent, et donne beaucoup à réfléchir sur et pour l'à-venir. Il lance l'alerte, même si sa voix peine à se faire entendre en raison de difficultés de diffusion. Au final, il y a beaucoup à faire face aux mécanismes sur lesquels The Idiot Cycle soulève un coin de voile. Dixit Alphonse Allais, "ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain". Dans ce cas précis, il vaut mieux commencer aujourd'hui.
Comment faire / pour aller plus loin...
Site web du film (clic)
Stop The Idiot Cycle (clic)